Le XV de France a conclu son tour d’automne par une victoire tonitruante contre l’Australie : 48-33, le 22 novembre 2025, au Stade de France à Saint-Denis. 80 000 spectateurs ont vibré, les essais ont fusé, les supports ont chanté. Mais derrière les chiffres alléchants, une vérité plus sombre s’impose. Fabien Galthié, l’entraîneur en chef, a brisé le silence des applaudissements avec une déclaration qui tombe comme un couperet : « On est moins solide qu’il y a quatre ans. »
Un match gagné, une identité perdue
La victoire contre l’Australie a mis fin à un tour d’automne chaotique. Après une défaite cuisante face à l’Afrique du Sud (17-32) le 8 novembre, puis une victoire laborieuse contre les Fidji (34-21) à Bordeaux, le match contre l’Australie devait être la revanche. Il l’a été… en surface. Les Bleus ont marqué six essais, ont dominé le ballon, ont fait vibrer le public. Mais la défense ? Un désastre. Douze pénalités contre, huit dans la zone des vingt-deux, surtout sur des plaquages mal exécutés. Un carton jaune pour Maxime Lucu juste avant la pause. Des balles perdues, des plaquages manqués, des passes en avant. Des erreurs qu’on avait déjà vues contre l’Afrique du Sud. Des erreurs qui font mal, parce qu’elles ne sont pas nouvelles.Galthié le sait. Il le répète. « Le rugby de sélection, c’est un éternel recommencement », avait-il prévenu avant le match. Et il a raison. Chaque match, c’est comme si on repartait de zéro. Pas de continuité. Pas de rythme. Juste un rugby sur courant alternatif : parfois brillant, souvent confus. « Il y a du potentiel », dit-il. Mais potentiel ne gagne pas de titres. La solidité, elle, se construit avec la discipline.
Les chiffres qui font peur
Sur les trois matchs du tour d’automne, le XV de France a marqué 82 points. Un bon score. Mais il en a encaissé 86. Douze essais concédés. C’est plus que lors du dernier Six Nations 2025, qu’ils ont pourtant remporté. Et ce n’est pas un hasard. En 2021, lors de leur dernière grande campagne de victoire, les Bleus avaient concédé en moyenne 4,3 essais par match. Cette année : 4,0. C’est presque pareil. Mais la différence, c’est qu’avant, ils savaient se refermer. Maintenant, ils s’ouvrent. Trop.Les huit pénalités dans la zone des vingt-deux, c’est le symptôme. Ce n’est pas juste une question de technique. C’est une question d’organisation. D’attention. De contrôle. « On doit faire mieux défensivement pour retrouver une assise défensive », a-t-il souligné à Media365. Et il ne parle pas de théorie. Il parle de la réalité du terrain : des plaquages trop hauts, des ruck mal gérés, des lignes de défense qui s’effondrent sur un simple décalage.
Les joueurs entre espoir et pression
« Faites preuve de panache, éliminez la moyennasse ». C’est ce que Thibaud Flament, le deuxième ligne de 27 ans, avait lancé à ses coéquipiers en semaine. Une phrase qui résume tout. Le XV de France n’a pas perdu sa flamme. Il a perdu sa rigueur. Il a perdu sa capacité à se discipliner quand ça compte. Les jeunes — Romain Ntamack, Raphaël Lakafia — brillent. Mais ils sont trop souvent laissés seuls face à l’adversité, parce que les plus expérimentés ne sont pas là. Ou ne sont pas assez présents.La blessure de Charles Ollivon en juillet, la retraite de Sébastien Vahaamahina en 2024, l’absence prolongée de Louis Bielle-Biarrey… Les cadres manquent. Et les nouveaux n’ont pas encore trouvé leur rôle dans le système. Galthié le sait. Il ne cherche pas de boucs émissaires. Il cherche des solutions.
La pression du Six Nations 2026
Le prochain défi ? Le Six Nations 2026. Début le 5 février, à Dublin, contre l’Irlande. Un match qui ne sera pas un simple match. Ce sera un test de survie. L’Irlande a gagné le tournoi en 2023 et 2024. L’Angleterre est en pleine reconstruction, mais redoutable. La France ne peut pas se permettre un début de tournoi aussi mou que celui de l’automne.Galthié a dit qu’il n’y avait « pas d’inquiétude ». Mais il y a de l’urgence. Il y a de la matière, oui. Il y a des joueurs, oui. Mais il y a aussi un calendrier qui avance. Les entraînements de janvier ne seront pas des séances de récupération. Ce seront des séances de réparation. De rééducation. De reconstruction. La défense, c’est le socle. Sans elle, même les plus beaux essais ne servent à rien.
Le paradoxe Galthié
Ce qui frappe, c’est la sérénité de Galthié. Il ne hurle pas. Il ne blâme pas. Il analyse. Il dit : « Chaque match nous a posé des problèmes. On n’a pas réussi à tous les régler. » Il ne cache pas la vérité. Il l’affronte. Et c’est peut-être ça, sa force. Il ne joue pas au menteur. Il ne vend pas du rêve. Il dit : « On est moins solide. » Et il ajoute : « Mais il y a du plaisir à jouer en équipe de France. »Peut-être que cette sérénité, c’est ce qu’il faut maintenant. Pas un cri de guerre. Pas un discours de révolution. Mais une lucidité. Un travail silencieux. Une volonté de ne pas se contenter de l’émotion du Stade de France, mais de construire autre chose. Quelque chose de plus durable. De plus profond.
Frequently Asked Questions
Pourquoi Fabien Galthié dit-il que l’équipe est moins solide qu’en 2021 ?
Parce que la défense, pilier de la victoire en 2021, s’est effritée. En 2021, le XV de France concédait en moyenne 4,3 essais par match ; cette année, c’est 4,0, mais avec une nette augmentation des pénalités (12 contre l’Australie) et des plaquages illégaux dans la zone des vingt-deux. La discipline et la cohésion défensive ont décliné, malgré une attaque plus offensante.
Quels sont les principaux problèmes défensifs identifiés par Galthié ?
Galthié pointe surtout les huit pénalités dans la zone des vingt-deux, principalement dues à des plaquages trop hauts ou mal exécutés. Il évoque aussi les lignes de défense désorganisées, les plaquages manqués, et les ruck mal gérés. Ces erreurs, récurrentes contre l’Afrique du Sud et l’Australie, révèlent un manque de rigueur collective.
Comment le manque de cadres influence-t-il la performance de l’équipe ?
L’absence de joueurs expérimentés comme Charles Ollivon, Sébastien Vahaamahina ou Louis Bielle-Biarrey a laissé un vide dans la structure défensive. Les jeunes, bien qu’talentueux, manquent encore de repères tactiques et de leadership. Cela crée des hésitations en phase de défense, surtout sous pression.
Quelle est la situation des joueurs clés avant le Six Nations 2026 ?
Romain Ntamack et Antoine Dupont sont en bonne forme, mais Dupont est en phase de récupération après une blessure au genou en octobre. Thibaud Flament et Maxime Lucu sont en ligne de mire pour la défense, mais doivent améliorer leur discipline. Les joueurs du Top 14 comme Grégory Alldritt ou Raphaël Lakafia sont attendus pour apporter de la puissance, mais leur efficacité collective reste incertaine.
Pourquoi le tour d’automne a-t-il été si décevant malgré les victoires ?
Parce que les victoires ont été obtenues à coup de performances individuelles, pas de système. Contre les Fidji, la victoire a été facilitée par une défense affaiblie des visiteurs. Contre l’Australie, les Bleus ont profité de l’attaque australienne, mais ont été régulièrement punis par leurs propres erreurs. Le jeu n’a jamais été fluide, ni cohérent.
Le XV de France peut-il encore gagner le Six Nations 2026 ?
C’est possible, mais seulement si la défense est réparée d’ici février. L’Irlande et l’Angleterre sont plus solides en organisation. La France doit réduire ses pénalités de 40 % d’ici le premier match, et corriger ses erreurs de plaquage. Sinon, même avec une attaque brillante, elle risque de perdre deux matchs dès le début du tournoi.